Vies antérieures : le piège spirituel

Illustration d'une silhouette devant une arche de pierre symbolisant le piège spirituel des vies antérieures par Bernard Clavière.

J’ai récemment assisté à une conférence intitulée « Vies antérieures et connaissance de soi ».
La salle était pleine — signe d’une vraie soif pour ces questions. J’ai regretté qu’au final, l’événement s’avère être un simple atelier d’introduction au spiritisme. Le positif, c’est que ça m’a donné envie d’écrire cet article pour partager ma propre vision du sujet et poser les vraies questions :
Et si l’oubli de nos incarnations passées était, en réalité, notre plus grande chance ?
Pourquoi l’obsession de fouiller nos vies antérieures finit-elle, paradoxalement, par ralentir notre évolution aujourd’hui ?

Dans le milieu bigarré de la spiritualité et de la grande mouvance du Nouvel Âge, un engouement grandissant entoure l’exploration des “vies antérieures”.
Une fascination séduisante… mais qui, à mes yeux, détourne de l’essentiel. Quel que soit le moyen d’y parvenir, comme l’hypnose régressive ou les diverses pratiques spirites avec l’assistance d’un médium, la régression dans le passé est selon moi une fausse piste spirituelle.

Le présent, seule zone d’efficacité réelle

Ce n’est pas aux vies antérieures qu’il faut s’intéresser, mais à notre vie présente, la seule qui compte. Savoir que l’on a été ceci ou cela dans une autre vie – grand prêtre, forgeron, voleur ou simple pêcheur, ne revêt aucun intérêt pour nous aujourd’hui.

Nous avons déjà vécu des centaines de milliers de vies avant celle-ci, et fait le tour de toutes les activités possibles et imaginables. Quelle utilité pour « la connaissance de soi » ?…

Vouloir remonter le fil du temps pour expliquer une situation actuelle est un piège : c’est l’illusion de la causalité linéaire. On se raconte une histoire (« je souffre car j’ai été bourreau ») pour éviter d’affronter le réel. Une telle quête devient une fuite, pas une voie de libération.

Cette narration mentale, bien que rassurante, nous maintient prisonnier dans un scénario déterministe alors que la « leçon » est déjà inscrite, ici et maintenant, dans nos résistances quotidiennes. Inutile d’aller chercher le « script » original.

Il suffit de vivre notre vie présente avec conscience, amour, volonté de bien, pour régler tout ce qui doit l’être. Pas besoin de passer par la curiosité morbide des détails futiles et vains de nos vies passées.

Le rôle de l’oubli : protection et liberté

L’oubli des vies antérieures n’est pas une limite, mais un cadeau. Il nous évite de replonger dans des liens de haine, de vengeance, de passion, de dépendance qui seraient ravivés si on se souvenait des scénarios passés.

Et ça, c’est une pure bénédiction. Imagine le chaos psychique si nous devions porter simultanément les mémoires de mille deuils, de mille trahisons, de mille crimes, de mille blessures. L’amnésie biologique permet cette « table rase » indispensable à la nouveauté de l’expérience dans le moment présent.

L’âme voyage léger ; c’est l’ego qui veut comprendre, expliquer, et s’encombre ainsi de bagages inutiles.

L’oubli est aussi libérateur : on peut aimer quelqu’un maintenant, sans l’associer à une histoire ancienne dont on ne connaîtrait de toute façon pas les tenants et les aboutissants.

Avec les trois atomes permanents* (corps physique, astral et mental) l’âme conserve d’une vie à l’autre la mémoire de tout ce qui est nécessaire à notre progrès. Tous nos acquis passés, réussites, échecs, tendances, talents naturels, nos peurs ou aspirations, tout est sauvegardé. Nous n’avons besoin de rien d’autre.

L’âme ne garde pas les archives vidéo de ses innombrables véhicules physiques ; elle garde les leçons.
Le reste est effacé par miséricorde divine.

Le danger des illusions et de l’ego spirituel

Le domaine des « vies antérieures » est un terrain de jeu rêvé pour l’ego.

Les explorateurs du passé se « voient » rarement en modeste laboureur ou humble servante… encore moins en raté, en être médiocre, en lâche ordinaire, rôle que nous avons pourtant tous tenus, dans une vie ou dans une autre.

Ils préfèrent se rêver en initié, en élu, en personnage remarquable. : « J’ai été prêtre égyptien », « prêtresse atlante », « chevalier templier », etc. 99 % des récits de vies antérieures flattent subtilement la vanité.
On projette ses fantasmes, ses blessures, ses désirs de grandeur dans des scénarios pseudo-mystiques qui consolident l’ego au lieu de le dissoudre.

Si c’était utile, le souvenir serait naturel

S’il était utile de connaître nos vies antérieures, nous nous en souviendrions ! Le Créateur n’est pas pervers à ce point… Il ne nous priverait pas d’une information indispensable à notre évolution.

Si nous ne nous souvenons pas de nos vies antérieures de manière spontanée, structurée et claire, c’est que l’oubli a une fonction pédagogique.

Sans cet oubli, nous serions écrasés par un poids énorme de mémoires émotionnelles, de culpabilité, de regrets ou de nostalgie. Il nous serait impossible d’être vraiment neuf, libre, créatif à chaque instant de notre vie présente.

L’obsession du passé bloque l’évolution

Plus on se concentre sur le passé, moins on est disponible pour l’inspiration créatrice spontanée qui est le ferment du progrès spirituel. La vraie transformation résulte d’une conscience intensément présente, pas d’une accumulation d’histoires anciennes.

On peut même aller plus loin : et si la notion même de « vies passées » était une illusion d’optique due à notre perception linéaire du temps ?

Si, sur un plan supérieur, le temps n’existe pas, si toutes les expériences de l’âme sont simultanées, alors « fouiller le passé » n’a aucun sens puisque tout se joue déjà dans l’éternel présent.

De plus, s’attacher à une identité passée que l’on juge glorieuse renforce la fiction d’un moi permanent et solide. Or, le chemin spirituel vise précisément à réaliser que ce moi est une construction éphémère du mental inférieur. Vouloir savoir qui l’on a été, c’est consolider une prison dont il faut au contraire s’évader.

Les grandes voies spirituelles authentiques insistent sur la purification du cœur, l’attention, la prière, la méditation, le service, pas sur la cartographie détaillée des incarnations successives.

Le spiritisme, pratique dangereuse ?

Le spiritisme est, à mes yeux, une pratique risquée. Il ouvre des portes sans savoir sur quoi elles donnent, ni qui répond aux questions des adeptes.

Le plan astral est un miroir déformant. C’est le monde des formes, des reflets et des émotions cristallisées. S’y aventurer sans une structure intérieure solide, c’est prendre le risque de devenir dépendant de « messages », de « guides » ou d’ « entités » qui peuvent se nourrir de la crédulité du pratiquant, de sa peur, de son besoin de consolation.

Le spirite échange sa souveraineté intérieure contre des voix extérieures, parfois contradictoires et perturbantes. Il fait le deuil de son libre arbitre et de sa responsabilité personnelle.

Se mêler du monde invisible sans avoir le niveau de conscience requis, c’est comme jouer avec l’électricité sans isolant : on finit brûlé. On renforce des liens avec les plans intermédiaires de l’astral (les plans de l’illusion) au lieu de se relier à la Source.

On perd ainsi le sens de la verticalité, de la relation directe à Dieu, dans un brouhaha de communications horizontales avec des formes et des personnages improbables.

Le spiritisme, ce n’est pas la spiritualité. C’est l’astral à l’état brut, avec ses illusions et ses pièges. La relation directe à la Source ne nécessite aucun intermédiaire, aucun « guide » bavard, ni aucune archive poussiéreuse.

Une alternative saine : intériorité plutôt que curiosité

Plutôt que de chercher qui nous avons été, cherchons qui nous sommes vraiment : cette conscience, ce Soi éternel qui est la seule réalité, au-delà de la diversité apparente de nos incarnations.

Plutôt que de fouiller les archives temporelles et invoquer les esprits désincarnés, ouvrons-nous au silence intérieur, à la méditation, pour nettoyer les fenêtres de notre perception et réaliser le Soi.

Le passé est clos. Le présent, lui, est grand ouvert. Il nous pose chaque jour trois questions bien plus urgentes :

  • Qu’ai-je à comprendre aujourd’hui ?
  • Quel attachement puis-je lâcher aujourd’hui ?
  • Quel geste d’amour puis-je poser aujourd’hui ?

Ce n’est pas notre passé qui nous sauvera, c’est notre qualité de présence.
Dieu ne nous demande pas de fouiller dans les coulisses, mais de jouer, ici et maintenant, le plus beau rôle de notre vie, sur le devant de la scène.

* * * * * * *


* Atomes permanents – Les trois atomes à partir desquels l’âme reconstitue un véhicule (physique, astral/émotionnel et mental) lors d’une nouvelle incarnation. Ces atomes permanents conservent la fréquence vibratoire atteinte par l’individu au moment de la mort, ce qui garantit la conservation dans la nouvelle vie du niveau d’évolution atteint à la fin de la vie précédente.

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