L’heure de vérité est proche !

Un nombre croissant d’économistes et d’érudits divers, de Michel Serres à Jeremy Rifkin, annoncent que nous sommes désormais engagés dans un bouleversement profond et inéluctable de notre modèle de société. Rien ne sera plus jamais comme avant, disent-ils, « cette fois-ci, c’est différent » – faisant allusion aux crises précédentes, dont « la grande », celle de 1929.
Effectivement, il est donné à tout le monde de se rendre compte que les modèles développés depuis l’avènement de la révolution industrielle il y a à peine 200 ans sont aujourd’hui obsolètes.
L’état du monde est lamentable, et pourtant, nos dirigeants continuent de nous proposer les mêmes vieilles méthodes, qui loin de résoudre les problèmes, les ont créés et les aggravent en permanence.

Mais nous avons certainement les gouvernements que nous méritons. Car une grande partie de la population a elle-même encore bien du mal à prendre la juste mesure de la situation. Comme pour le Titanic, beaucoup croient encore que l’économie de marché, le capitalisme, et des rapports sociaux basés sur l’individualisme, l’égoïsme et le profit personnel sont insubmersibles. Et l’orchestre continue de jouer !

Ceci me laisse penser que seul un soubresaut (euphémisme ?) important pourra bousculer suffisamment notre immobilisme pour nous obliger à reconsidérer entièrement notre façon de vivre. Je pense au krach boursier qui entraînera l’effondrement de l’économie mondiale, annoncé depuis une trentaine d’années par les Maîtres de notre hiérarchie, dont les propos sont relayés par Benjamin Creme dans ses divers livres et dans la revue Partage International.

Et je trouve encourageant que de plus en plus d’experts annoncent cet événement majeur, dont les conséquences sont porteuses des plus grands espoirs.
Personne ne regrettera la disparition d’un monde inique où le plus gros de la richesse a été accaparé par une minorité. Personne ne regrettera un monde où des miséreux meurent de faim par millions, dans l’indifférence quasi-générale. Personne ne regrettera un monde où l’enrichissement de quelques privilégiés prime sur la préservation de l’environnement et sur la dignité de millions d’êtres humains réduits à l’état de quasi-esclaves.

Je vois poindre une nouvelle civilisation où chaque jour ne ressemblera à aucun autre. Où l’espèce humaine aura repris conscience de son unité essentielle, enrichie et glorifiée par l’infinie diversité de ses composants. Un monde où le sens de la vie, la quête de la joie intérieure auront cessé d’être de simples concepts philosophiques bien éloignés de nos préoccupations quotidiennes.
Où le travail et la concurrence auront disparu, pour laisser le pas au service, à la coopération et au partage. Qu’y a-t-il de plus gratifiant que de servir fraternellement ? Que d’occuper sa juste place au sein de la société, dans la dignité et le respect de tous ?

Coopération et partage des richesses

Aujourd’hui, ce n’est pas le bonheur que l’on recherche, mais du travail… pensant confusément que le premier est la conséquence nécessaire du second.
Alors on apprend à nos enfants à gagner leur vie, plutôt que de leur apprendre à vivre… Et des millions de femmes et d’hommes sont prêts à tout pour préserver un travail salarié, jusqu’à fabriquer des produits souvent malsains, dangereux, ou simplement inutiles. Des armes, de l’énergie nucléaire, du tabac, de l’alcool, des animaux en batterie, des OGM ? Peu importe, pourvu que ça nous donne du travail !

Non, personne ne regrettera le temps passé.
Après l’effondrement, une fois apaisées les peurs qu’il aura pu susciter chez certains, la masse des hommes entreprendra le cœur léger, dans une expectative joyeuse, de créer le nouveau monde.

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Initialement publié dans Pluriel Nature, mars 2013.